Comparatif
Houblia ou le tableur et le carnet de brassage, que choisir
La quasi totalité des brasseries de moins de 5 000 hectolitres a commencé ainsi: un carnet de brassage dans l’atelier, un classeur de bons de livraison et un fichier de calcul avec un onglet par mois. Ce n’est pas absurde, c’est même la seule façon de démarrer sans budget. La question n’est donc pas de savoir si le tableur fonctionne, mais à partir de quel moment il coûte plus cher qu’il ne rapporte.
Le comparatif poste par poste
| Critère | Houblia | le tableur et le carnet de brassage papier |
|---|---|---|
| Moment de la saisie | La ligne s’écrit au moment de l’opération, depuis la tablette de la salle de brassage | Recopie le soir ou le week-end, à partir de fiches scotchées sur les cuves |
| Unités | Litres, hectolitres et hectolitres degrés convertis par le moteur, degré du produit fini repris automatiquement | Conversion à la main, formule à reporter sur chaque nouvelle feuille |
| Balance matières | Recalculée à chaque saisie, par cuve et par lot, en volume et en hectolitres degrés | Report manuel d’un onglet mensuel au suivant, écart de report fréquent |
| Freintes et dégustations | Motif et quantité obligatoires, taux de freinte comparé aux douze derniers mois | Notées quand on y pense, souvent absentes du fichier |
| Tarif d’accise | Tarif de l’année de mise à la consommation appliqué, tarif réduit petite brasserie indépendante géré | Taux saisi en dur dans une cellule, oublié après la revalorisation du 1er janvier |
| Détection des incohérences | Contrôle blanc mensuel sur malt, houblon, volumes brassés, pertes, stocks et sorties | Aucune, hors des formules que vous avez écrites vous même |
| Piste d’audit | Auteur, horodatage, pièce et motif sur chaque ligne, corrections tracées, rien ne s’efface | Une cellule modifiée ne laisse aucune trace de son ancienne valeur |
| Export pour un contrôle | Journal des trente six derniers mois sorti en un fichier, pièces et motifs compris | Reconstitution manuelle entre classeurs, versions du fichier et sauvegardes |
| Documents d’accompagnement | Document administratif électronique et titre de mouvement repris du lot, du volume et du degré | Rédigés à part, sans lien avec la balance matières |
| Coût visible | 79 à 249 euros HT par mois selon le volume et le nombre de dossiers | Zéro, jusqu’à la première reconstitution ou la première heure de ressaisie facturée |
Le tableur ne se trompe pas, il obéit
Aucune faute n’est imputable au tableur lui même. Il additionne exactement ce qu’on lui donne, et c’est bien le problème: il ne sait pas qu’un degré de 5,8 % vol multiplié par 22 hectolitres doit donner une assiette taxable, ni qu’une purge de fond de cuve non renseignée devient un manquant. Toutes les règles du métier vivent dans la tête du brasseur, et elles s’appliquent quand il y pense, un soir de semaine, entre deux livraisons.
La conséquence est mécanique. Les erreurs ne sont pas ponctuelles, elles sont répétitives, parce qu’une formule fausse recopiée d’un onglet à l’autre reste fausse douze mois de suite. Les brasseurs qui basculent découvrent presque toujours la même chose: la même conversion erronée dans huit déclarations parties, et la question désagréable de savoir s’il vaut mieux les rectifier ou attendre de voir.
Le coût réel se mesure en soirées, pas en abonnement
Le tableur est gratuit et le temps ne l’est pas. Avant de basculer, un brasseur passait en moyenne 6 h 40 par mois à recopier son carnet, reconstituer ses sorties et vérifier ses conversions avant chaque dépôt. Cette charge tombe presque entièrement quand la saisie se fait au fil des opérations, environ quarante secondes par mouvement, dans le geste, au lieu d’une soirée de reconstitution le 9.
S’ajoute la facture du cabinet. Le classeur arrive au moment du bilan, le collaborateur ressaisit les brassins, trouve les écarts et refacture les heures, six mois après les faits. Sur quinze dossiers de brasseries, un cabinet spécialisé récupère l’équivalent de six semaines de travail par an rien qu’en supprimant cette ressaisie. La question n’est pas le prix de l’abonnement, elle est la valeur d’une soirée par mois et d’une facture de régularisation.
Ce qu’un tableur ne pourra jamais produire
Un contrôle qui remonte sur trois exercices ne demande pas des totaux, il demande une continuité. Chaque ligne doit porter son auteur, son horodatage, sa pièce et son motif, et la correction d’hier doit rester visible aujourd’hui. Un fichier de calcul, par construction, écrase la valeur précédente sans rien conserver, et personne ne peut prouver qu’une cellule n’a pas bougé entre deux sauvegardes.
L’autre absence est le rapprochement. Le contrôle blanc mensuel confronte les achats de malt et de houblon aux volumes brassés, aux pertes, aux stocks et aux sorties, puis compare le rendement matière au mois précédent. Ce calcul est possible dans un tableur, mais il suppose de le construire, de le maintenir et de le lancer chaque mois. Dans les faits, personne ne le fait avant d’avoir reçu un avis de contrôle.
Quand l’alternative reste le bon choix
Si vous brassez moins de 200 hectolitres par an, sur une seule gamme, avec deux brassins par mois, aucune expédition en suspension et pas de vente en cave, le tableur tient très bien. Il tient aussi si vous l’avez construit vous même, verrouillé, testé, et que vous le tenez le jour même sans jamais sauter une sortie. Dans ce cas précis, payer un abonnement pour obtenir un résultat que vous obtenez déjà n’aurait pas de sens. Gardez simplement un double archivé chaque mois.
Le verdict
Le tableur est un excellent point de départ et un mauvais point d’arrivée. Le basculement se joue rarement sur le volume: il se joue le jour où vous ajoutez une deuxième cuve de garde, une vente en cave ou une première expédition en suspension de droits. À partir de là, le nombre de conversions et de destinations dépasse ce qu’une personne peut tenir de tête un dimanche soir, et le registre continu devient moins cher que la soirée qu’il remplace.
Questions frequentes
- Puis-je récupérer mon tableur et mon historique ?
- Oui, et c’est compris dans les trois formules. Vous envoyez votre tableur, vos carnets de brassage et vos douze derniers états récapitulatifs, nous reconstituons la balance matières d’ouverture cuve par cuve, et vous la validez avant le démarrage. La reprise prend en général de trois à huit jours selon l’état des documents. Tant qu’elle n’est pas validée, vous continuez à déposer comme d’habitude.
- Mon tableur calcule déjà mes hectolitres degrés, est-ce suffisant ?
- Pour l’assiette du mois en cours, souvent oui. Pour un contrôle, non, car il manque la traçabilité des corrections, le rattachement des lots de malt aux brassins et le rapprochement des achats aux volumes. Un vérificateur ne conteste pas votre multiplication, il conteste l’écart entre le malt que vous avez acheté et la bière que vous avez déclarée.
- Combien de temps prend la saisie au fil de l’eau ?
- Environ quarante secondes par mouvement, tablette en main dans la salle de brassage. Un mois ordinaire de six brassins et d’une cinquantaine de mouvements représente donc moins d’une heure cumulée, répartie dans le geste, contre 6 h 40 de recopie concentrées avant le dépôt. C’est la même quantité d’information, écrite au moment où elle est exacte.
Houblia ou le tableur et le carnet de brassage, que choisir
Le tableur est un excellent point de départ et un mauvais point d’arrivée. Le basculement se joue rarement sur le volume: il se joue le jour où vous ajoutez une deuxième cuve de garde, une vente en cave ou une première expédition en suspension de droits. À partir de là, le nombre de conversions et de destinations dépasse ce qu’une personne peut tenir de tête un dimanche soir, et le registre continu devient moins cher que la soirée qu’il remplace.